Nouveaux romans et nouvelles voix chez les éditions MIM

16:34  samedi 15 octobre 2016 | Par Nadia Ghanem | Actualité 

Alors que les rendez-vous littéraires du SILA se profilent, la rentrée littéraire continue et les écrits d’une jeune génération d’écrivains en langue arabe se distinguent de manière incontournable.

Durant ce salon, et une fois en librairie, il ne faudra pas rater les voix originales et créatives des nouveaux romanciers comme Aida Khaldoune, Malika Rafa et Saddek Ben Taher Farouq, ainsi que celles d’auteurs établis comme Samia Ben Driss et Sofiane Mokhenache dont on attendait les seconds romans, tous publiés aux éditions MIM.

Premiers romans

Ra’i7at el-7obb (Le parfum de l’amour) d’Aida Khaldoune

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Les souvenirs de Aouisha sont ancrés aux parfums de son enfance : l’odeur du soleil capturée par la pluie qui se mélange au sable, l’odeur du lait de sa mère qui pour le rendre plus sucré se frottait le sein avec du miel, celui de la tente et du café, et des étoiles lors des fêtes. Tout ce que Aouisha désire c’est être la fille d’une mère au lait toujours sucré, et celle d’un père qui l’aimera autant que le cuir et les chaussures qu’il vend en ville. De tous ces parfums, c’est celui du laurier-rose qu’elle va raconter, les lauriers dont les fleurs ont marqué ses premiers ébats.

À travers ce roman, c’est le monde des femmes de sa tribu que Aouisha va questionner, alors que son père se remarie pour avoir un fils, et qu’elle essaie d’avorter pour ne pas être punie d’être tombée enceinte hors mariage. Rythmé par le poème de Zineb Laouedj “Nouwara lahbila”, Aida Khaldoune construit ici un magnifique premier roman en forme d’ode à la maternité et du lait maternel, dans une langue douce et illuminée, parmi les chameliers et les tentes des Ouled Nail.

3iqd al-tout (le collier de mûres) de Malika Rafa

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Meyar se rend souvent à Notre Dame d’Afrique pour s’asseoir face à la mer. C’est la lumière qu’elle recherche, une lumière profonde, celle qu’elle associe à son nom. Près des mûriers de ce parc, elle va rencontrer Arslan, assis comme elle devant cette grande étendue, et qui illumine soudain son monde comme un rayon de soleil. De ce coup de foudre partagé, viendra une longue attente. Alors qu’Arslan s’apprête à partir pour quelques mois, Meyar saura-t-elle l’attendre ?

Al-saxra al-assira de Saddek Ben Taher Farouq

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Lorsque Jean Michel découvre les mémoires écrites de son grand-père, soldat français posté à Djelfa, il découvre peu à peu l’histoire de sa famille. Ces mémoires lui racontent un autre univers. Il apprend que sa mère, Meriem, décédée dans des circonstances obscures, était algérienne. Jean Michel décide d’aller à Djelfa. Une fois là-bas, il deviendra soldat à son tour, mais pas dans le camp du colon.

La ville de Djelfa est à l’honneur dans ce premier roman de Saddek Ben Taher Farouq. Al-saxra al-assira explore l’histoire de cette ville en s’inspirant de la guerre d’indépendance et des nombreux combattants de la région, comme Zian Ashour, qui prirent les armes dès les premières heures.

Retours littéraires

Shajarat Meriem (L’arbre de Meriem) de Samia Ben Driss

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L’arbre de Meriem est un arbre qui fleurit durant la période des pèlerinages du Hajj et d’Omra. Ses fleurs sont très bénéfiques aux femmes enceintes. Il est dit que le soulagement qu’elles apportent est sacré, l’arbre porte son nom en référence à Meriem, Marie la Vierge. C’est cette baraka donnée aux femmes en souffrances que va rechercher Meriem, la protagoniste de ce roman, construit autour de quatre saisons, sept jours, et du repas du mort.

Être veuve et faire face à la douleur et à la colère qui suivent la perte de l’époux est l’un des défis que doit relever Meriem, comme celui d’élever l’enfant qu’elle mettra au monde après la mort de son mari, un enfant heureux, innocent et atteint du syndrome de Down. Un défi qui fait écho à l’histoire des femmes de sa famille. Les conflits auxquels Meriem fait face durant ce veuvage, vont lui faire raconter l’histoire de sa famille à ses trois enfants. Ces souvenirs vont tempérer une douleur partagée et l’accompagneront vers l’issue tant recherchée : partir, et apaiser le sort.

Shajarat Meriem est le deuxième roman de Samia Ben Driss. Son premier roman L’odeur du loup (رائحة الذئب) suivait son recueil de nouvelles L’ombre de Shehrazade (أطياف شهرزاد).

Maxadh sulhafa (Le labeur de la tortue) de Sofiane Mokhnesh

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Lorsque deux amants se séparent et divorcent, quelle histoire sera racontée ? Sofiane Mokhenache a répondu en partie à cette question dans son premier roman Ne pas laisser à la portée des enfants (لا يترك في متناول الاطفال), et continue ici dans ce deuxième.

Mokhenache a créé deux personnages qui vont mener une dernière guerre à leur ex-partenaire après leur séparation : ils vont transformer cet ex en personnage de roman et tout raconter des heurts affligés durant leur relation. Dans Ne pas laisser à la portée des enfants (لا يترك في متناول الاطفال) la plume de Mokhenache se transformait en femme, la femme blessée de ce couple. Makhadh sulhufa peut se lire comme une deuxième partie, celle qui donne la version de l’ex-mari qui lui aussi veut régler ses comptes.

C’est en contemplant ses dix ans de relation, et en observant son parcours d’homme marié et celui de ses parents de manière introspective et drôle, que cet homme va faire son deuil pour enfin faire la paix avec le passé et tourner la page.

Auteurs étrangers : Shukri Medi Aji et Aisha Ben Ibrahim

Comme les années précédentes, MIM élargit notre espace littéraire avec la publication de romans d’auteurs de pays voisins. Après la Palestine et le superbe roman d’Abdelfetah Shehada (Le Jardin près de la maison), cette année, honneur à la Libye avec deux auteurs et deux romans à découvrir : Shukri Medi Aji et son roman Ousloub Djeddi, et Aisha Ebrahim avec Qusa’il.

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Rééditions et coéditions

À noter que trois des romans du prolifique auteur Habib Sayah, al-mawt fi Wahran, Tamassekht, ettilka al-ma7ebba, seront réédités. Le roman de Sadik Hadj Ahmad Camarade paraît en coédition avec la maison d’édition jordanienne Dar Fada’at.

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