Entretien avec Moddi, le norvégien qui chante Matoub Lounes

14:45  samedi 15 octobre 2016 | Par Riyad Hamadi | Actualité 

« Unsongs », le dernier album du norvégien Moddi est sorti en septembre. L’album est constitué de douze chansons dont les auteurs ont été muselés dans leurs pays. Parmi eux, Matoub Lounes. Entretien. 

Comment avez-vous eu l’idée de chanter du Matoub Lounes ?

J’ai commencé à travailler il y a deux ans sur mon nouvel album Unsongs, qui consiste en 12 chansons interdites dans 12 pays différents. Sur l’album, j’ai essayé de montrer 12 différentes histoires de suppression de l’art – allant de l’interdiction sur la radio au meurtre. Je me suis rendu compte que chercher de la musique censurée était une bonne manière d’apprendre de nouvelles choses sur des personnes et des endroits que je ne connaissais pas avant. Matoub Lounes était l’un d’entre eux.

J’ai inclus la chanson de Matoub car elle raconte une histoire. L’histoire de la répression de la culture berbère, que nous (du moins ici en Norvège) n’entendons parler que rarement. À cause de toutes les difficultés auxquelles le peuple berbère fait face, il paraissait important et significatif de choisir une chanson telle que Lettre ouverte, même si elle a eu des conséquences désastreuses pour Matoub lorsqu’il l’a chantée.

Savez-vous que cette chanson est une parodie de l’hymne national algérien ?

Oui, et cela est évidemment une partie de la raison qui explique pourquoi j’ai choisi la chanson. Je cherchais de la musique interdite, et Lettre ouverte est interdite à la fois à cause de son style et de son contenu. J’ai reçu des messages d’Algériens qui pensent qu’utiliser leur hymne national de cette façon est offensant – que je les insulte en utilisant leur mélodie – mais pour moi il n’a jamais été question de chanter la chanson avec une autre mélodie. Après tout, la mélodie est une des causes qui ont fait que cette chanson a été si controversée au départ. C’était important pour moi que ma traduction de la chanson ne perde rien de sa force – ni lyriquement ni musicalement.

Comment avez-vous entendu parler de ce chanteur ? 

En fait, Matoub a été l’un des premiers noms ayant fait surface lorsque j’ai démarré ce projet. J’ai beaucoup d’amis et collègues qui ont travaillé et étudié dans la région du Maghreb, et tous ceux à qui j’ai parlé aiment beaucoup Matoub. Au début j’ai essayé de traduire sa chanson Allahu Akbar, qui dispose de plusieurs traductions vers l’Anglais. Cependant, lorsque j’ai découvert Lettre ouverte, j’ai su immédiatement que la chanson correspondait mieux au projet, et que la chanson portait un message important. J’ai plusieurs auditeurs provenant de Tunisie, d’Algérie et du Maroc, et ils m’ont aidé à comprendre sur quoi porte le texte. Donc ils m’ont beaucoup aidé, mais en fin de compte c’est ma propre interprétation qui figure sur la version de l’album. Comme je ne parle pas tamazight, je peux seulement espérer avoir conservé le message de Matoub dans la chanson.

Est-ce que vous avez qu’il est très célèbre en Algérie, particulièrement sur sa terre natale la Kabylie ?

Oui bien sûr ! Même s’il est difficile d’apprendre beaucoup au sujet de Matoub sans parler tamazight, arabe ou français. J’ai bien compris qu’il est tenu en haute estime par le peuple berbère. La réaction a également été énorme. Après avoir publié Unsongs (le 16 septembre dernier), Open letter est certainement la chanson ayant reçu le plus d’attention. J’ai reçu beaucoup de messages qui font chaud au cœur de la part de Kabyles à travers le monde. Beaucoup de « tanmirth », les chansons de Matoub semblent continuer à vivre avec eux jusqu’à aujourd’hui, presque plus de vingt ans après.

Avez-vous une idée sur la culture berbère, une culture que le chanteur, assassiné en 1998, a défendu toute sa vie ?

Je dois admettre que quand j’ai commencé à me renseigner sur Matoub, je ne sais que très peu de choses au sujet du peuple berbère. Pour être honnête, je ne savais rien du tout sur les conflits ethniques au Maghreb. C’est intéressant comment une chanson telle qu’Open letter peut ouvrir une porte à un tout nouveau monde. Maintenant je suis très intéressé d’en savoir plus.

Hormis Matoub Lounes, avez-vous une idée sur la musique algérienne en général et la musique kabyle en particulier ? Quels sont les chanteurs dont vous avez entendu parler ?

J’ai écouté un peu Idir et Walid Mimoun, et bien sur les versions de leurs chansons par Stina, mais vu que je ne comprends pas la langue, je n’ai jamais eu la possibilité d’aller vraiment en profondeur. L’an dernier j’ai rencontré un groupe de métal nommé Traxx provenant d’Algérie, et même si nous sommes très loin l’un de l’autre musicalement c’était une rencontre très intéressante. Pour moi il semble que la Kabylie est le foyer de plusieurs grands musiciens, connus et inconnus.

Êtes-vous prêt à venir chanter en Algérie ou visiter l’Algérie ?

J’adorerais faire ça un jour !