Pétrole : la perspective d’un rééquilibrage du marché s’estompe

07:29  mercredi 14 septembre 2016 | Par Sarah Belhadi / En partenariat avec latribune.fr | Economie 
La situation d'offre excédentaire a fait chuter les cours du baril depuis deux ans, revenus de 115 dollars en juin 2014 à 27 dollars en janvier dernier avant une remontée autour de 50 dollars au printemps (Crédits : Reuters)

Ce scénario pourtant martelé par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) s’éloigne en raison de la conjoncture mondiale et d’une offre toujours excédentaire, rapporte l’Agence internationale de l’énergie.

Alors que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) martelait -et ce depuis plusieurs mois déjà- qu’un rééquilibrage du marché pétrolier était attendu pour le second semestre, le dernier rapport mensuel change de ton. La consommation mondiale de pétrole devrait finalement de croître de 1,3 million de barils par jour (mbj) à 96,1 mbj cette année, contre une précédente estimation portée à 1,4 mbj, détaille l’AIE.

« Les récents piliers de la croissance de la demande, la Chine et l’Inde vacillent », indique le rapport pour justifier ce réajustement.

Consommation mondiale au ralenti

En août, le rapport mensuel de l’AIE tablait déjà sur une demande mondiale de pétrole moins importante que prévu en 2017 (1,2 million de barils par jour contre 1,3 mbj) en raison « de perspectives macroéconomiques plus faibles ». Résultat, même avec un prix du baril attractif à 45 dollars environ, la hausse de la demande n’a pas eu lieu.

« Alors que le pétrole se maintient autour de 50 dollars le baril depuis plus d’un an, le stimulus d’un carburant meilleur marché s’estompe », détaille l’agence.

La Chine, second importateur mondial de pétrole, fait face au ralentissement de son économie, et de ses importations. En 2015, elle a enregistré une croissance annuelle de 6,9% en 2015, soit la plus faible depuis 25 ans. Une contraction qui devrait se confirmer cette année avec 6,6% de croissance, selon les prévisions du FMI en juillet.

Quant à l’Inde, qui se place toutefois au rang de pays à la plus forte croissance au monde, les dernières statistiques officielles publiées fin août indiquent un ralentissement au cours du premier trimestre. Le PIB de l’Inde a augmenté de 7,1% sur un an, alors qu’au trimestre précédent la croissance de ce pays s’était établie à 7,9% en glissement annuel.

Une offre (toujours) excédentaire

Si la demande est moins forte en raison de la conjoncture mondiale, la production devrait toutefois continuer d’augmenter. « L’offre continuera à être supérieure à la demande jusqu’au premier semestre de l’année prochaine au moins« , indique l’AIE.

En août, malgré les appels répétés de plusieurs pays producteurs de pétrole pour réduire la production mondiale de brut (Algérie, Venezuela), les pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) ont pompé à un niveau quasi record de 33,47 millions de barils par jour, soit une hausse de 930.000 barils par jour sur un an.

Un rapport de l’Opep, publié le 12 septembre, indique également une hausse de la production mondiale pour 2016 et 2017. Ainsi, les pays non-Opep devraient augmenter leur production  de 200.000 barils par jour en 2017, du fait du démarrage de l’exploitation d’un gigantesque gisement -après de multiples rebondissements- au Kazakhstan.

Bref, le satisfecit général de l’Opep qui martelait lors de leur réunion semestrielle du 2 juin que « l’offre et la demande convergent« , prouvant que « le marché est engagé dans un processus de rééquilibrage » pourrait ne pas durer.

>>>A (RE)LIRE : Pétrole : l’Opep « très satisfaite » de l’état du marché, mais jusqu’à quand ?

L’illusion d’un répit

Les derniers mois avaient pourtant montré des signes encourageants, en raison d’un repli de la production dans les pays non-membres de l’Opep, à l’instar du Canada, laissant croire à un rééquilibrage du marché.

Au printemps, des feux de forêt géants dans l’Alberta, région des sables bitumineux, avaient paralysé la production de pétrole non-conventionnel de nombreuses compagnies, provoquant ainsi une baisse de la production. Pour rappel, le Canada produit 4 millions de barils par jour dont 80% en Alberta.

« Les feux de forêt au Canada ont entraîné la fermeture de 1,2 millions de barils par jour (mbj) de capacités de production« , soulignait l’AIE dans son rapport de mai.

Si ce type de facteurs court-termistes a pu avoir un impact positif sur les marchés, tirant légèrement les prix à la hausse en mai, l’impact sur la production totale d’or noir a toutefois été limité.

Alger, (encore) une réunion pour rien ?

Dans quelques jours, du 26 au 28 septembre, une réunion informelle du cartel des 13 (et de pays non-membres à l’instar de la Russie) doit se tenir à Alger en marge du Forum international sur l’énergie. Reste à savoir si cette rencontre aboutira à un gel des niveaux de production.

Certes, en marge du G20 en Chine début septembre, les ministres de l’énergie russe et saoudien, le chef de file de l’Opep, ont annoncé la mise en place d’un groupe de travail chargé d’examiner la situation du marché pétrolier, et de recommander des mesures pour garantir sa stabilité. Mais cette déclaration résistera t-elle à la stratégie de Ryad qui continue de pomper à un niveau record pour conserver ses parts de marché ?

>>>A (RE)LIRE : Pétrole : « L’Arabie saoudite n’est pas prête à réduire sa production »

En attendant une quelconque annonce, le rapport de l’Agence internationale de l’énergie a rapidement fait céder du terrain aux prix du pétrole. A midi, heure de Paris, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en novembre valait 47,35 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en baisse de 97 cents par rapport à la clôture de lundi.

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