GAFA : la bataille de l’intelligence artificielle fait rage

10:20  mercredi 10 août 2016 | Par Constant Méheut / En partenariat avec latribune.fr | Economie 
La firme à la pomme vient de racheter Turi, startup spécialisée dans l'intelligence artificielle. C'est sa quatrième acquisition dans ce secteur en seulement quelques mois. (Crédits : © Stephen Lam / Reuters)

Les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) se sont lancés depuis plusieurs années dans la course à l’intelligence artificielle. A coups de rachats massifs de startups, ces géants du web tentent de prendre l’avantage dans un secteur qui va bouleverser l’économie.

C’est une nouvelle qui n’étonne même plus. Apple vient de racheter au prix fort de 200 millions de dollars la startup Turi, spécialisée dans une branche de l’intelligence artificielle : le « machine learning ». Entendez « apprentissage automatique » en français, autrement dit la capacité d’une machine à auto-apprendre et à réagir en fonction des schémas détectés dans les masses de données collectées. Ce rachat n’est pas le premier de la firme de Cupertino et sûrement pas le dernier. En quelques mois Apple a acquis pas moins de quatre startups de référence dans le domaine de l’intelligence artificielle. Une stratégie commerciale agressive qui fait écho à celle de ses concurrents Google, Amazon et Facebook.

Un domaine susceptible de bouleverser les modèles commerciaux

Car le domaine de l’intelligence artificielle (IA) aiguise les appétits des géants du web depuis maintenant quelques années. Les GAFA y ont trouvé la clé à l’analyse intelligente des montagnes de données qu’ils récoltent quotidiennement.Martin Rugfelt, spécialiste de la question, explique ainsi que « l’intelligence artificielle consiste à créer des systèmes informatiques qui allient les capacités de stockage, recherche et synthèse d’un ordinateur à ce qu’il y a de meilleur dans l’intelligence humaine, à savoir nos facultés de compréhension et de raisonnement« .

Mais à la différence d’une simple programmation de tâches spécifiques l’IA a pour but, à travers le « machine learning » (ou « deep learning »), « d’apprendre à apprendre » aux machines. Le but est ici de créer des systèmes qui peuvent apprendre par expérience, qui ne se contentent pas d’analyser des données mais qui apprennent de leurs propres erreurs. Autrement dit une technologie qui tend à remplacer l’intelligence humaine, voire à la dépasser grâce à un traitement des données beaucoup plus large et rapide.

Anticiper les désirs du consommateur

On comprend donc que l’IA peut avoir des conséquences immenses sur de nombreux secteurs du commerce, grâce à sa force d’anticipation et de compréhension de l’intelligence humaine. Le rachat de Turi par Apple n’est en ce sens pas anodin. La firme à la pomme a mis la main sur une technologie qui analyse les comportements des utilisateurs, cible en fonction de leur profil des publicités ou des recommandations de produits. Les produits de Turi ont par exemple été utilisés pour créer l’outil de recommandation de musique de la webradio Pandora ou le système de prédiction des prix de l’immobilier par l’agence Zillow. Cet outil permettra donc à Apple de perfectionner un peu plus les assistants personnels électroniques inclus dans ses produits qui à termes auront pour but de comprendre l’homme et de lui répondre de manière fluide.

Les applications d’intelligence artificielle « nous permettraient de créer des agents intelligents avec lesquels on peut dialoguer, à qui on peut poser n’importe quelle question, qui deviendraient des compagnons numériques » a indiqué au JDN Yann LeCun, directeur de la recherche en IA chez Facebook.

Pour ce qui est de l’anticipation, l’IA s’apprête à « révolutionner le e-commerce » selon Martin Rugfelt. En effet à partir de l’analyse des données, un site comme Amazon sera capable non pas seulement de vous conseiller des articles similaires à vos précédents achats mais bien d’anticiper sur vos désirs, de vous dispenser de l’effort même de réfléchir à ce que vous désireriez acheter. Autant dire une technologie synonyme de prospérité éternelle pour le géant de Seattle et qui explique pourquoi les GAFA se sont lancés dans une véritable guerre pour dominer un marché de l’IA qui semble tout simplement conditionner leur existence future.

 La course à l’intelligence artificielle

Si Apple s’est donc révélé aussi actif sur le marché de l’IA ces derniers mois c’est pour éviter à tout prix de se faire distancer par ses concurrents. La firme qui a été une des premières à réagir dès 2010 avec le rachat de Siri (l’assistant vocal des iPhones bien connu) a ensuite dû rattraper son retard en acquérant les startups VocalIQ (assistant virtuel) et Perceptio (reconnaissance faciale) en octobre dernier. L’entreprise créée par Steve Jobs est même allée jusqu’à racheter en janvier dernier une autre startup dans le domaine de la reconnaissance faciale, Emotient, comme pour en priver ses concurrents.

De son côté, Google a eu le flair de racheter la pépite britannique DeepMind en 2014. Cette startup a développé le programme informatique Alphago qui a battu le champion du monde de jeu de go Lee Sedol au début de cette année. Une victoire de la machine contre l’homme qui n’est pas sans rappeler celle d’un certain Deep Blue contre Kasparov au siècle dernier.

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Google lançait aussi en mai dernier un nouveau service de messagerie mobile basé sur l’intelligence artificielle pour répondre aux questions des utilisateurs. Mais son plus grand projet reste la Google Car, voiture autonome sans chauffeur, dont la commercialisation à grande échelle signerait le succès définitif de l’intelligence artificielle, capable désormais de remplacer l’homme.

Facebook est lui aussi bien lancé dans la course. Le réseau social teste depuis août 2015 un assistant personnel sur Messenger, baptisé M, similaire à celui de Google et qui pourrait mener des tâches à la place de celle de l’homme (trouver des billets de train ou encore réserver un restaurant). En septembre 2014, la firme de Mark Zuckerberg n’a d’ailleurs pas caché ses ambitions en lançant à Menlo Park FAIR (Facebook Artificial Intelligence Research), un centre de recherche dédié à l’intelligence artificielle et dirigé par le français Yann LeCun. La structure s’est depuis étendue aux villes de New York et de Paris. Le réseau social ne se cache pas de débaucher sans scrupule des talents chez ses concurrents, le prix à payer sans doute pour s’imposer sur ce nouveau champ de bataille.

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