PORTRAIT

Biographie de décideur : Louisa Hanoune, la gauche au cœur

11:47  jeudi 26 novembre 2015 | Par Neila Latrous | Actualité 
Louisa Hanoune, présidente du Parti des travailleurs (www.ts-algerie.com) / NEWPRESS

Louisa Hanoune est la Secrétaire générale du Parti des Travailleurs. Elle est aussi la première – et seule – femme à avoir été candidate à la présidentielle.

Madone, Pasionaria, Dame de fer… Les qualificatifs ne manquent pas pour Louisa Hanoune. La fondatrice du Parti des Travailleurs mérite aussi le titre de « punchlineuse ». Jamais avare de phrases chocs, son verbe percute. Comme cette fois où elle compare ses rivaux du FLN et du RND, Amar Saâdani et Ahmed Ouyahia, à deux femmes se disputant les faveurs de leur mari de président, Abdelaziz Bouteflika. Quelle ironie. La saillie, volontiers sexiste, est portée par la seule femme politique d’envergure que compte l’Algérie.

Tête dure, tête brûlée persiflent ses détracteurs, elle s’illustre dès les premières années de sa vie par une volonté tenace et une capacité à tenir tête à l’ordre phallocratique établi. « Lorsque j’étais toute petite, ma grande sœur, qui était mère de quatre enfants, a été répudiée », raconte-t-elle en 2004 à Jeune Afrique. « Un jour, sans aucune raison, son mari lui a dit qu’il ne voulait plus d’elle et l’a jetée à la rue. Ce drame nous a tous bouleversés. Je me suis juré que cela ne m’arriverait jamais, jamais ! » L’école sera sa planche de salut. Elle est la première fille de sa famille à étudier, aller au collège, au lycée. Brillante, elle l’est et ça se voit. Ses camarades d’Annaba se souviennent du charisme qu’elle dégageait – déjà ! – à l’époque.

Le bac en poche, Louisa Hanoune se prend à rêver de l’université. Niet ferme et définitif de son père. « Tu peux lire le journal, signer une lettre si le facteur en ramène une, qu’est-ce que tu veux de plus ? », lui demande-t-il. « L’université était perçue comme un lieu de débauche, de perdition, explique-t-elle. Une fois l’école finie, les filles étaient bonnes à marier. » Elle quitte la maison familiale à sa majorité et ne revoit son père que peu de temps avant sa mort.

Commencent des années de labeur. La liberté coûte cher. La jeune Louisa Hanoune travaille comme hôtesse d’accueil à l’aéroport. La nuit, elle rattrape son retard et se plonge dans ses cours de droit. Elle trouve quand même le temps de militer. À l’université contre l’oppression masculine. À l’aéroport pour les droits des travailleurs. Puis au sein de la clandestine Organisation socialiste des travailleurs (OST). En 1981, la loi ne reconnaît que le Front de libération nationale (FLN).

À partir de là, elle est de toutes les manifestations. La Sécurité militaire la repère. En 1983, elle est arrêtée en même temps que Abassi Madani et Ali Yahia Abdenour, président de Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme. Louisa Hanoune écope de six mois de prison ferme pour « appartenance à une organisation clandestine. » Elle bénéficie d’une amnistie, et cinq ans plus tard, la voilà retour à la case prison. Entre-temps, Louisa Hanoune s’engage contre le Code du statut personnel, qui relègue la femme algérienne à un statut de citoyenne de seconde zone.

À l’heure de l’ouverture et du multipartisme, en 1989, le Parti des Travailleurs voit le jour. Elle en est porte-parole puis secrétaire générale. Le grand public, lui, la découvre en juillet 1991 à la télévision d’État, lors d’une grand-messe politique retransmise en direct. L’année suivante, elle fait partie de la poignée de dirigeants politiques à dénoncer l’interruption du processus électoral. Au nom de la défense du multipartisme, elle s’élève contre la dissolution du Front islamique du salut (FIS). Ali Belhadj la qualifie de « seul Homme politique » d’Algérie. Sa prise de position lui vaut surtout de nombreux reproches.

« Nous nous sommes prononcés contre l’arrêt du processus électoral et contre la répression, s’explique-t-elle, mais nous ne partageons évidemment pas le programme des islamistes. » Elle insiste : « Nous sommes socialistes, partisans d’une stricte séparation entre la religion et la politique. » Et conclut, quelques années plus tard, dans un livre : « Le recours à une répression de masse n’a fait que nourrir la violence, qui à son tour alimente la répression. »

Aux côtés d’autres formations politiques de l’opposition, comme le FFS, d’Aït Ahmed, elle prône un dialogue sans exclusion. En 1995 est signé à Rome « un contrat national » en faveur d’une sortie de crise politique et non militaire. L’année suivante paraît « Une autre voix pour l’Algérie » dans lequel Louisa Hanoune dénonce les raccourcis en vogue sur la crise algérienne. Jette des pavés dans la mare politique. À la question « Qui tue les journalistes en Algérie ? », elle ose : « Il y a certes les islamistes, mais les manipulations des services secrets algériens sont parfois à l’origine de ces assassinats. »

Lors des législatives de 1997, le Parti des Travailleurs fait son entrée à l’Assemblée. Comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Elle bouscule les usages, dépoussière l’hémicycle, rue dans les brancards. Louisa Hanoune s’oppose au gouvernement. Ses interventions soulèvent des protestations.

La suite est davantage connue : seule femme candidate aux présidentielles de 2004, 2009 et 2014. Elle devient le visage de l’antilibéralisme. Le « Chavez algérien ». La figure de proue du combat contre le népotisme, la corruption, l’oligarchie, l’argent mal géré, « la main étrangère »… Le pouvoir la tolère. En est-elle l’allié objectif ? Un faire-valoir pour légitimer des scrutins joués d’avance ? L’idiot utile selon l’expression consacrée ?

« Même si c’est une femme respectable, il est vrai qu’elle a quelque peu favorisé le pouvoir. En tout cas, c’est comme ça que sa position a été interprétée », confie Ali Yahia Abdennour. Elle s’en défend, se dépeint comme une guerrière qui se refuse à « déserter le champ de bataille ». Elle répète qu’elle a les « mains propres » mais à Annaba, des habitants ont noté que les affaires de ses proches ont beaucoup prospéré.

Qu’importe. Pour ses fans, Louisa Hanoune est intouchable. « Elle est la digne héritière des grandes combattantes du passé », s’enthousiasme Abdelmadjid Sidi Saïd de l’UGTA. « Elle a démontré qu’elle avait sa place dans le paysage politique ».

Politique, elle l’est assurément. Pendant ses campagnes présidentielles, la candidate n’hésite pas à retarder son entrée sur scène, le temps que la salle se remplisse. Question d’image. Ses affiches sont d’ailleurs toujours construites de la même manière. Elle, au centre, cheveux relevés en chignon, tailleur sombre et mains jointes sur le ventre. La patronne du PT « sent » les sujets porteurs. Ces dernières semaines, Ali Haddad et Abdesselam Bouchouareb en ont fait les frais. Le premier, président du FCE, est selon elle l’incarnation de l’oligarchie et de la prédation. Le second, ministre de l’Industrie, est accusé de « favoriser les opérateurs français ».

Les Français, Louisa Hanoune ne les porte pas dans son cœur. Traumatisme d’enfance. En 1959, l’armée coloniale bombarde la maison familiale où la toute jeune Louisa vit avec son père, boulanger, sa mère, femme au foyer, ses quatre frères et deux sœurs. Peu d’argent et la misère qui s’acharne. Les Hanoune sont contraints de se chercher un avenir à 250 kilomètres de là, à Annaba. « Cet épisode m’a traumatisée, confesse-t-elle plusieurs années plus tard. Ce jour-là, j’ai pris conscience que je ne pourrais jamais me taire face à l’injustice ».

Voilà pour le volet public. La sphère privée, elle, est jalousement gardée. Aux curieux, Louisa Hanoune répond : « Je ne vois pas l’utilité de parler de ma personne. Mes engagements politiques passent avant le reste ». Tout juste sait-on que l’infatigable militante prend peu de vacances et se détend grâce à la lecture. On ne lui connaît ni mari, ni enfant. De temps à autre, elle fend l’armure avec ceux qui l’entourent matin et soir : ses officiers de sécurité. L’un d’eux se souvient des attentions délicates de sa patronne lorsqu’il est tombé malade : « Elle m’a appelé plusieurs fois. M’a proposé son aide, pour trouver un médecin, des médicaments. C’est vraiment une chouette femme ». Qui l’eut cru ?

Domaine d’activité

Politique

Précédentes activités

Engagement associatif

Études

Licence de droit à Annaba

Ses grandes dates

1954 : naissance à Chefka (Jijel)

1973 : décroche son baccalauréat avec mention

1983 : première arrestation et condamnation à six mois ferme

1988 : deuxième arrestation

1990 : congrès fondateur du Parti des Travailleurs

1999 : premier mandat de députée

2004 : première candidature à la présidentielle

Vie privée

Célibataire sans enfant

Citation

« Nous nous sommes prononcés contre l’arrêt du processus électoral et contre la répression mais nous ne partageons pas le programme des islamistes ».

Neila Latrous

Rive nord, rive sud, je cours sur le fil de l'actu en essayant de garder l'équilibre. 100% bio